Un jour fût le dernier pour Beksiński

Może mimo wszystko uda mi się dziś skonczyć obraz.

Lu dans Beksiński. Dzień po dniu kończącego się życia. Ce livre est une compilation du journal intime du peintre Zdzisław Beksiński et d’un long entretien d’un directeur de musée avec qui il était en confiance.

La phrase citée au début est la dernière phrase écrite dans le journal intime de Beksiński. On peut la traduire comme suit :

Peut-être qu’après tout je réussirai à finir la peinture aujourd’hui.

C’est la dernière phrase car il est mort assassiné le soir même du jour où il a écrit cela. Va savoir s’il a finit la peinture, va savoir de quelle peinture parlait-il.

Prouver son identité (éléction présidentielle 2017)

Ceci ne sera pas una article mathématique poussé – plutôt une note en passant pour me rappeler d’écrire sur ça plus tard.

Prouver son identité, quel sujet complexe. J’y pense car j’ai passé la journée à chercher mon passeport français et/ou ma carte d’identité. Pour apprendre à la fin de la journée qu’en fait je pouvais me présenter au bureau éléctoral avec ma carte vitale tout simplement.

Venant à la base d’un pays avec une administration psychorigide, je n’imaginais même pas qu’il serait possible de ce présenter au bureau de vote avec autre chose que ces deux documents. Je suis encore impressionnée par la liste de pièces acceptables. La voici (dixit Service-Public.fr) :

  • Carte nationale d’identité (valide ou périmée)
  • Passeport (valide ou périmé)
  • Permis de conduire (valide)
  • Carte vitale avec photo (valide)
  • Carte de famille nombreuse (valide) délivrée par la SNCF
  • Permis de chasser avec photo délivré par le représentant de l’État (valide)
  • Livret de circulation (valide)
  • Carte du combattant, de couleur chamois ou tricolore (valide)
  • Carte d’identité ou carte de circulation avec photo, délivrée par les autorités militaires (valide)
  • Carte d’identité de fonctionnaire de l’État, de parlementaire ou d’élu local avec photo (valide)
  • Carte d’invalidité civile ou militaire avec photo (valide)
  • Récépissé valant justification de l’identité, délivré en échange des pièces d’identité en cas de contrôle judiciaire (valide)

L’arithmétique dans la vie familiale des années 60

Je voudrais dormir mais le sommeil ne vient pas, même en comptant des lamas…
Je décide donc de prendre un livre plus ou moins au hazard – j’attrape un vieux manuel scolaire d’Arithmétique, en me disant qu’il est probablement bien soporifique.

En fait non, j’ai fini par complètement me réveiller. Et ce n’est pas la faute de la vision de Dieu dans les maths modernes puisque ce livre date de 1964. C’est la faute des exercices sexistes.

Bon, le bouquin date d’à peine 20 ans après l’obtention du droit de vote des femmes en France – je ne devrais peut-être pas être si surprise des stéreotypes véhiculés dedans. Mais je suis au courant que ce problème de representation des femmes dans les manuels scolaires de mathématiques persiste aujourd’hui, voir par exemple l’étude « Égalité femmes-hommes dans les manuels de Mathématiques, une équation irrésolue ? Les représentations sexuées dans les manuels de mathématiques de Terminale » du centre Hubertine Auclert.

Voici quelques extraits de ce qu’on peut lire en feuilletant les problèmes de récapitulation du livre « Arithmétique cours supérieur par une réunion de professeurs » publié en 1964 par la Librairie Générale de l’Enseignement Libre, 77, rue de Vaugirard, Paris VI. N° 152 E et arrivé àma bibliothèque on ne sait pas comment.

Problèmes de recapitulation
226. Un boulanger[…]
228. Un petit commerçant[…]
243. Une ménagère veut faire des confitures[…]
244. Une ménagère reçoit six personnes[…]
281. Dans une famille composée du père, de la mère et de 4 enfants de moins de 15 ans, le père est le seul à travailler[…]
297. Un médecin a soigné votre maman gravement malade[…]

En fait, ce qui m’a le plus géné c’est que dans les exercices du chapitre « Vie Familiale » il n’y a quasiment que des ménagères et des mères de famille, alors que dans le reste du livre, en tout cas en lisant en diagonale, je n’ai vu que des formulations neutres ou au masculin. Je me suis alors rappellé de l’étude sus-citée et je m’en veux tout à coup de ne pas avoir vérifié le manuel de mathématiques de ma grande.

L’émotion de la deuxième audition

Après l’émotion de la première audition viennent les émotions des auditions suivantes. Justement après ma visite d’aujourd’hui à Limoges, cette petite ville calme venait de passer en premier lieu de mes villes françaises préférées. Là, j’ouvre mon mail et paf! une deuxième convocation à une audition.

Il y a en économie un concept qu’on nomme l’élasticité (et qui n’est au fond qu’une dérivée) qui sert à expliquer (entre autres) que la dixième bouteille de soda que vous buvez vous procurera bien moins de plaisir que la première provoquant ainsi une baisse dans votre demande individuelle pour une bouteille de soda. En théorie ce devrait être pareil avec les auditions, ou enfin, avec n’importe quoi qui vous tienne à coeur. (En tout cas c’est comme ça qu’on me l’a expliqué au lycée.)

Moi, j’ai l’impression que mon élasticité vis-à-vis des auditions est presque nulle. La deuxième convocation à une audition a encore fait emballer mon coeur, j’ai encore des fourmillements au bouts des doigts. je suis encore émue de m’apercevoir que quelque part il y a des gens qui pensent que mon dossier vaut la peine – et j’ai trop trop hâte de rencontrer ces gens là.

(Uy Alba, il faudrait que tu mesures la portée émotionnelle de tes réactions me disait un ami l’autre jour.)

Dieu dans l’enseignement mathématique français (selon Pierre Colmez)

Dans les années 70, le programme enseigné dans le secondaire et dans les classes préparatoires réposait sur le slogan « Dieu créa l’ensemble vide et l’homme fit le reste. ». C’était un peu radical mais avait le mérite de présenter les mathématiques de manière cohérente et de montrer que l’on pouvait créer de nouveaux objets à partir d’objets déjà existants. La présentation en était malheureusement extrêmement dogmatique, et l’impression qu’on en retirait était plutôt que Dieu avait créé l’ensemble vide et la théorie des ensembles, et sur sa lancée, les entiers, les entiers relatifs, les nombres rationnels, puis les groupes, les anneaux, les corps et les espaces vectoriels, puis les nombres réels, ensuite il avait introduit des ε et des δ, puis créé la topologie…, et quand il avait enfin été content du résultat, il avait fait don aux hommes d’une théorie immuable et parfaite, à la beauté froide et lisse.

Le dogme a changé vers le milieu des années 90, et on est reparti sur le mode : « Dieu a créé les nombres réels, puis les nombres complexes, et envoyé Gauss sur terre pour expliquer qu’il n’y avait pas besoin de chercher plus loin. ».

Lu dans Éléments d’analyse et d’algèbre de Pierre Colmez.

C’était le livre de référence pour le premier cours de mathématiques que j’ai suivi en France. Pendant un moment c’était donc un livre de chevet pour moi. Si vous voulez avoir plus de son style hilarant, cherchez sa lettre de départ de l’École polytechnique, elle doit encore être disponible quelque part sur le net.

C’est un très beau livre, et un des rares dont je possède un exemplaire dédicacé. En effet, à l’époque où je vivais encore au Pérou, j’avais l’habitude de demander une dedicace orthographié aux célébrités mathématiques qui passaient de temps en temps. En France j’ai assez vite arrêté de le faire.

Le retard permanent

Un colloque au centre interdisciplinaire d’Alembert à l’université Paris-Sud concernant la question du temps des chercheurs se tiendra ce jeudi 20 avril.

http://www.centre-dalembert.u-psud.fr/colloques/2017-quand-le-temps-nous-est-compte-questions-de-temps-dans-le-travail-academique/

Je compte bien y assister puisque la question me touche de près. Depuis que j’ai fini ma thèse je passe un temps absurde à chercher du travail chaque année pour l’année suivante. Soit dit en passant, pour la rentrée 2017 j’ai déjà trouvé un travail passionnant (encore temporaire mais donnant de bonnes perspectives pour la suite, j’en parlerai plus dans un autre article).

Mes aînés se plaignent de leur côté du temps passé à chercher des financements sur projet (les financements ANR, ERC et similaires). Voir par exemple cet article de Viviane Pons

http://openpyviv.com/2016/04/15/funding/

Il existe même un manifesto de « Slow Science », qui sera discuté au colloque de jeudi.

Personnellement je me suis mise à refléchir la dessus aujourd’hui car j’ai enfin fini ma « TODO list » de février aujourd’hui. Elle avait pourtant l’air assez raisonnable :

  • finir les corrections des examens et projets du premier semestre ;
  • imprimer quelques objets mathématiques ;
  • finir une relecture pour laquelle j’avais pris un retard considérable ;
  • faire les candidatures sur les postes de maître de conférences ouverts au fil de l’eau ;
  • écrire un nouvel article avec Serge.

Bon, pour être hônnete le nouvel article avec Serge n’est pas encore fini, mais presque (ça parle d’unique ergodicité dans un wind-tree générique). En tout cas, ma liste avait l’air tellement raisonnable que pour me forcer à bien avancer dessus je me suis dite que je n’écrirai pas dans le blog tant que je n’aurais pas fini au moins les corrections et la relecture. J’ai fini la relecture ce matin, ce qui explique mon long silence.

Pourquoi était-ce une liste pour février ? Eh bien, parce que je suis partie en février à Marseille pour un mois thématique et en optimiste invétérée j’imaginais que pendant ce mois sans enseignements j’aurais un temps fou pour m’occuper de tout ça. En pratique, au bout de deux semaines j’étais déjà fatiguée et au bout de trois semaines complètement épuisée. Résultat : je n’ai pu faire qu’une maigre fraction de ce que je voulais faire pendant que j’étais là-bas. En tout cas, Marseille c’était magique, comme d’habitude. J’ai croisé un nombre incroyable de personnes incroyables, j’ai initié plusieurs nouveaux projets en recherche et en vulgarisation, et j’ai enfin pu dîner au CIRM avec mon bébé. L’histoire du CIRM et les bébés mériterait aussi un article à part mais je commence à me dissiper alors je m’arrêterai là pour aujourd’hui puisque j’ai encore une centaine de mails accumulés à lire, 6 heures de cours à préparer et un examen blanc à écrire.

Ars longa, vita brevis

Vita brevis, ars longa, occasio praeceps, experimentum periculosum, judicium difficile. (Hippocrate)

Autrement dit, la vie s’eclipse alors que l’art perdure, l’opportunité s’enfuit,  l’expérience est hasardeuse et le jugement, difficile.

« Ars » peut s’interpreter ici comme art ou métier. (Nota bene : je ne parle pas latin, ma traduction est donc secondaire.)

Lu sur le blog de Peter Norvig dans son article Teach Yourself Programming in Ten Years (en français: Apprenez à programmer en dix ans)

Deuxième anniversaire (de thèse)

Cela fait deux ans aujourd’hui que j’ai soutenue ma thèse.

Comme toutes les thèses françaises récentes, elle est disponible sur le serveur theses.fr, à l’adresse suivante :

http://www.theses.fr/2014PA112413

Ces deux années m’ont marqué au moins autant que les trois ans de thèses : j’ai demenagé plusieurs fois, j’ai changé de poste trois fois, j’ai eu des tonnes d’enseignements, un deuxième enfant, quatre publications et pré-publications (j’aurais bien aimé dire des tonnes de publications mais non… ça viendra)

… et puis mon directeur de thèse est mort
… il y a trois mois

… aujourd’hui, j’ai encore du mal à penser à ma thèse sans qu’une tonne de souvenirs ne revienne et que la tristesse ne m’attrape. Tout de suite après sa mort, j’ai pensé à lui faire une exposition hommage, j’ai quelques idées en tête pour illustrer les mathématiques qu’il faisait, des modules à destination du grand public… j’ai aussi été rattrapée par la culpabilité – mon directeur de thèse était tellement célèbre et en même temps il m’a dédié tellement d’heures que je sens que pour lui faire justice il faudrait que j’aie une carrière académique impeccable – et pourtant, ce n’est pas vraiment le cas. Je devrais au moins publier mes articles de thèse. Mais quand je pense qu’il ne sera pas là pour le lire j’ai mal à l’esprit. N’importe comment, il faut que je le fasse…

Dessin à la craie sur un tableau representant un train à vapeur.
Le train de la vie.

…le train de la vie va trop vite… même cet article qui aurait dû être beaucoup plus long finira là, tout de suite car il me faut préparer mon cours de demain (et parce que ce ne serait pas joli, joli de me mettre à pleurer dans une bibliothèque publique).

Strasbourg 2016 – partie 1

Quatrième journée à Strasbourg.

Cela faisait longtemps, je suis ici et je me dis tout d’un coup que la vie va trop vite. Deux ans sans les petites patisseries de l’IRMA, quelle triste vie, les patisseries alsaciennes rendent la vie plus heureuse. En tout cas, ça m’a fait un bien fou de repartir en conférence. De plus, le colloque organisé par Femmes 6 Maths incluait quelques tuyaux utiles sur les candidatures aux postes de chercheur et enseignant-chercheur en France, que je partagerai avec vous le moment venu.

Dans ce premier colloque, le Forum des jeunes mathématicien-ne-s, j’ai fait un exposé dynamique sur la recherche que je fait avec Serge sur les Wind-Trees. C’était la prémière fois que je faisais un exposé publique de mathématiques avec Slidy à la place de Beamer – que j’ai décidé de ne plus utiliser à cause de ces défauts d’accéssibilité. Ma copine Juliana a pris des photos, j’en rajouterai une à l’article quand elle me l’aura envoyée.

Un deuxième colloque, de la série « Parole aux jeunes chercheurs… »,  commence lundi. Là je n’ai pas été invitée à donner un exposé, mais je suis déjà très contente que les organisateurs m’ait couvert la majorité des frais de mon déplacement. Du coup là je vous laisse pour préparer un poster histoire d’etre prete si jamais il y a une séance de poster. (Et si il y en a pas, j’aurais un nouveau poster et c’est tant mieux.)

Pour finir, voici quelques photos de mon séjour à Strasbourg. Dites-moi dans les commentaires sur quelles images vous voudriez plus de renseignements et je la décrirai dans un prochain article.