L’arithmétique dans la vie familiale des années 60

Je voudrais dormir mais le sommeil ne vient pas, même en comptant des lamas…
Je décide donc de prendre un livre plus ou moins au hazard – j’attrape un vieux manuel scolaire d’Arithmétique, en me disant qu’il est probablement bien soporifique.

En fait non, j’ai fini par complètement me réveiller. Et ce n’est pas la faute de la vision de Dieu dans les maths modernes puisque ce livre date de 1964. C’est la faute des exercices sexistes.

Bon, le bouquin date d’à peine 20 ans après l’obtention du droit de vote des femmes en France – je ne devrais peut-être pas être si surprise des stéreotypes véhiculés dedans. Mais je suis au courant que ce problème de representation des femmes dans les manuels scolaires de mathématiques persiste aujourd’hui, voir par exemple l’étude « Égalité femmes-hommes dans les manuels de Mathématiques, une équation irrésolue ? Les représentations sexuées dans les manuels de mathématiques de Terminale » du centre Hubertine Auclert.

Voici quelques extraits de ce qu’on peut lire en feuilletant les problèmes de récapitulation du livre « Arithmétique cours supérieur par une réunion de professeurs » publié en 1964 par la Librairie Générale de l’Enseignement Libre, 77, rue de Vaugirard, Paris VI. N° 152 E et arrivé àma bibliothèque on ne sait pas comment.

Problèmes de recapitulation
226. Un boulanger[…]
228. Un petit commerçant[…]
243. Une ménagère veut faire des confitures[…]
244. Une ménagère reçoit six personnes[…]
281. Dans une famille composée du père, de la mère et de 4 enfants de moins de 15 ans, le père est le seul à travailler[…]
297. Un médecin a soigné votre maman gravement malade[…]

En fait, ce qui m’a le plus géné c’est que dans les exercices du chapitre « Vie Familiale » il n’y a quasiment que des ménagères et des mères de famille, alors que dans le reste du livre, en tout cas en lisant en diagonale, je n’ai vu que des formulations neutres ou au masculin. Je me suis alors rappellé de l’étude sus-citée et je m’en veux tout à coup de ne pas avoir vérifié le manuel de mathématiques de ma grande.

L’émotion de la deuxième audition

Après l’émotion de la première audition viennent les émotions des auditions suivantes. Justement après ma visite d’aujourd’hui à Limoges, cette petite ville calme venait de passer en premier lieu de mes villes françaises préférées. Là, j’ouvre mon mail et paf! une deuxième convocation à une audition.

Il y a en économie un concept qu’on nomme l’élasticité (et qui n’est au fond qu’une dérivée) qui sert à expliquer (entre autres) que la dixième bouteille de soda que vous buvez vous procurera bien moins de plaisir que la première provoquant ainsi une baisse dans votre demande individuelle pour une bouteille de soda. En théorie ce devrait être pareil avec les auditions, ou enfin, avec n’importe quoi qui vous tienne à coeur. (En tout cas c’est comme ça qu’on me l’a expliqué au lycée.)

Moi, j’ai l’impression que mon élasticité vis-à-vis des auditions est presque nulle. La deuxième convocation à une audition a encore fait emballer mon coeur, j’ai encore des fourmillements au bouts des doigts. je suis encore émue de m’apercevoir que quelque part il y a des gens qui pensent que mon dossier vaut la peine – et j’ai trop trop hâte de rencontrer ces gens là.

(Uy Alba, il faudrait que tu mesures la portée émotionnelle de tes réactions me disait un ami l’autre jour.)

Dieu dans l’enseignement mathématique français (selon Pierre Colmez)

Dans les années 70, le programme enseigné dans le secondaire et dans les classes préparatoires réposait sur le slogan « Dieu créa l’ensemble vide et l’homme fit le reste. ». C’était un peu radical mais avait le mérite de présenter les mathématiques de manière cohérente et de montrer que l’on pouvait créer de nouveaux objets à partir d’objets déjà existants. La présentation en était malheureusement extrêmement dogmatique, et l’impression qu’on en retirait était plutôt que Dieu avait créé l’ensemble vide et la théorie des ensembles, et sur sa lancée, les entiers, les entiers relatifs, les nombres rationnels, puis les groupes, les anneaux, les corps et les espaces vectoriels, puis les nombres réels, ensuite il avait introduit des ε et des δ, puis créé la topologie…, et quand il avait enfin été content du résultat, il avait fait don aux hommes d’une théorie immuable et parfaite, à la beauté froide et lisse.

Le dogme a changé vers le milieu des années 90, et on est reparti sur le mode : « Dieu a créé les nombres réels, puis les nombres complexes, et envoyé Gauss sur terre pour expliquer qu’il n’y avait pas besoin de chercher plus loin. ».

Lu dans Éléments d’analyse et d’algèbre de Pierre Colmez.

C’était le livre de référence pour le premier cours de mathématiques que j’ai suivi en France. Pendant un moment c’était donc un livre de chevet pour moi. Si vous voulez avoir plus de son style hilarant, cherchez sa lettre de départ de l’École polytechnique, elle doit encore être disponible quelque part sur le net.

C’est un très beau livre, et un des rares dont je possède un exemplaire dédicacé. En effet, à l’époque où je vivais encore au Pérou, j’avais l’habitude de demander une dedicace orthographié aux célébrités mathématiques qui passaient de temps en temps. En France j’ai assez vite arrêté de le faire.

Inventer des examens

J’ai enfin fini de rédiger le test blanc que je ferai passer à mes étudiants de L2 toute à l’heure.  *Non*, je n’ai pas fait de nuit blanche. Je ne me suis pas réveillée à 4 heures mais  à 5 heures. Ne plus travailler à 4 heures du matin faisait partie de mes bonnes résolutions pour le nouvel an et de temps en temps je m’en souviens.

La première fois où j’ai enseigné en fac’, il y de cela presque 10 ans, c’était dans une université péruvienne qui tenait à ce que les étudiants de Licence soient évalués toutes les deux semaines. En tant que chargée de TD,  c’était à moi d’inventer les tests de deux heures et de les corriger. Ayant quatre cours à charge,  j’avais deux tests à préparer et des dizaines de copies à corriger chaque semaine, en plus des feuilles d’exercices. Seulement dans un des quatre cours travaillait-on dans une équipe de chargée de TD (Calculus).

Autant vous dire qu’à l’époque je n’inventais pas d’exercices. Je les prenais dans des bouquins, et je m’arrangais pour que mes sources soient suffisement variées pour que les étudiants ne puissent pas deviner en avance les questions des examens.  Ce n’est qu’une fois que j’ai commencé à enseigner à Orsay que j’ai pu me mettre à inventer des exercices. Là bàs, pour tous les cours on travaillait dans une équipe enseignante.

Aujourd’hui à Saint-Denis j’ai à charge cinq cours, dont deux au deuxième semestre. Toute seule, sans équipe enseignante à mes côtés. Autant vous dire que j’ai réussi à mettre en place un contrôle continu seulement dans un des cours (Calcul Formel au premier semestre). Par contre, tous mes examens ont été originaux, avec des exercices inventés par moi-même.

Vu le travail que ça demande (e.g. trois jours pour faire l’examen de Java 1), il faudrait que je téléverse ensuite tout ça sur quelque part sur internet (GitHub?) et que je rends tout ça aisement trouvable. Un jour pas trop lointain de préférence. Je vous dirai quand ce sera fait.

Machine de Turing en papier

Après une semaine très lourde passée à faire jour et nuit un dossier de candidature (je vous dirai où si je suis prise ! ), j’ai passée une matinée agréable à découper du papier.

 

Quatre morceaux de papier imprimés, réliés pour representer une machine de Turing.
Machine de Turing en papier

Voici donc, la machine de Turing en papier conçue pour l’espace Turing par Marc Monticelli et compagnie.

C’est pour introduire le projet sur lequel travaillerons mes étudiants du cours de Java. C’est cool hein? Dans quelques jours, la démo – je profiterai de mon trajet à Strasbourg pour illustrer l’usage de cet ordinateur de papier.

Examen et lignes de niveau

Lignes de niveau dessinées avec le logiciel Sage.
Lignes de niveau.

ƒ(x,y)=−2−x²+y²+2x²y


J’ai dû surveiller mon premier examen de 2016! La fonction dont les lignes de niveau apparaissent ci-dessus devait être étudiée à la dernière question.