Math mon modèle

Math mon modèle

J’ai recemment prêté mon image à une campagne de financement participatif visant à réunir des fonds pour la restauration de quelques modèles mathématiques de la collection de l’Institut Henri Poincaré. Nous sommes une dizaine de personnes à avoir pris la pose – les affiches avec nos têtes sont aujourd’hui posées par ci-par là dans divers lieux mathématiques en France.

Voulez-vous voir l’affiche avec ma tête ? Mmm…. même si je tiens ce blog depuis quelques années déjà, je n’y avais jamais publié de photographie de moi même. Bam! Ça vient de changer.

Alba Málaga à côté du modèle 3D d'une cyclide.
Affiche pour la campagne « Math mon modèle ».

He, he, pour ceux qui ne m’ont pas vue depuis longtemps, voire jamais, cette image revèle en même temps quelques nouvelles :

  • oui, j’ai des nouvelles lunettes;
  • oui, je porte une coupe de cheveux très courte depuis cet été;
  • oui, je travaille maintenant chez Inria;
  • oui, je suis enceinte.

Je suis complètement fan de la collection d’objets mathématiques de l’IHP. Il faudrait que je vous raconte un jour l’histoire de l’équation perdue de la surface de Kummer à 8 points doubles réels… En tout cas, si c’est dans vos moyens, je vous encourage vivement à contribuer à ce mécénat participatif ! Allez sur le lien www.ihp.fr/commeon pour découvrir comment contribuer et lire des nouvelles de la campagne. La campagne « Math mon modèle » est ouverte jusqu’au 19 novembre 2017.

Les oies reviennent

Yuku hito ni
Todomaru hito ni
Kitaru kari

Natsume Soseki

Cela fait un an que mon directeur de thèse est parti. Je manque de mots pour décrire ce ressenti d’incongruence que l’on ressent lorsque l’on a perdu quelqu’un et que malgré cela le va-et-vient de notre vie à nous continue. Je manque de mots alors je cite tout simplement un haïku.

Pour ceux qui sont partis
Pour ceux qui sont restés
Les oies reviennent.

traduction de Paul-Louis Couchoud

Cylindres ⇒ carré

Une vieille blague dit qu’il y a 10 sortes de personnes : ceux qui savent compter en binaire et ceux qui ne le savent pas. En paraphrasant, on peut dire qu’il y a 10 sortes de mathématiciens : ceux qui aiment bien des figures et ceux qui préfèrent s’en passer.

Très tôt dans mon histoire, je me suis placée dans la première catégorie. Cela ne m’a pas empêché d’être fascinée par l’algèbre, mais cela m’a aidé à survivre à des cours de géométrie on ne peut plus arides par leur abstraction poussée – j’avais mes dessins à côté pour m’accompagner.

Alors quand il y a quelques semaines, Victor Kleptsyn m’a demandé si je savais ce que l’on obtenais en découpant deux cylindres recollés transversalement, j’ai pioché dans la trousse de ma grande et je me suis fabriqué deux cylindres collés transversalement.

(Mais je n’avais pas d’appareil photo pour vous les montrer.)

Quand on les découpe, on obtient… taran… un carré ! (Plus précisement une bande collée le long du bord du carré.)

Et si l’on recolle deux bandes de Moebius ? La réponse bientôt… (ou peut-être le 14 février) avec photos à l’appui.

Un jour fût le dernier pour Beksiński

Może mimo wszystko uda mi się dziś skonczyć obraz.

Lu dans Beksiński. Dzień po dniu kończącego się życia. Ce livre est une compilation du journal intime du peintre Zdzisław Beksiński et d’un long entretien d’un directeur de musée avec qui il était en confiance.

La phrase citée au début est la dernière phrase écrite dans le journal intime de Beksiński. On peut la traduire comme suit :

Peut-être qu’après tout je réussirai à finir la peinture aujourd’hui.

C’est la dernière phrase car il est mort assassiné le soir même du jour où il a écrit cela. Va savoir s’il a finit la peinture, va savoir de quelle peinture parlait-il.

Arrivée à Brest 2017

Les deux dernières semaines ont été de celles où la vie va trop vite.

Entre monter un stand IMAGINARY au salon CJM, aller à la conférence à la mémoire de mon directeur de thèse décédé, passer une audition et au passage faire une petite intervention dans un collège tout en continuant les enseignements à l’Université et la vie de famille, c’était intense. Tellement intense que je n’ai rien consigné sur le blog… en voilà une raison pour reprendre un smartphone.

(C’était une blague.)

Quel soulagement de rouvrir les yeux dans le TGV filant à toute vitesse vers Brest, avec ma grande encore calme à mes côté, une conférence sur quatre jours, un exposé à préparer pour jeudi dans un cadre familial puisque de nouveau une famille de couchsurfers nous prend sous son aile.

La conférence s’intitule « Dynamique en mesure infinie », j’y parlerai ce jeudi à onze heures trente sur la dynamique générique du modèle de vent-arbre des Ehrenfest, un travail mené en commun avec Serge Troubetzkoy depuis deux ans déjà.

 

New Crafts 2017

Jeudi et vendredi je suis allée pour la première fois à une conférence de programmeurs – New Crafts .

Une fois dépassée la sensation bizarre d’avoir encore moins de femmes autour que d’habitude, j’ai trouvé ces deux jours très enrichissants (même si j’ai raté le dîner avec des bières artisanales, obligations de famille obligent). J’ai appris tout un tas de choses fascinantes, inutiles à court terme mais fort utiles pour la suite :

  • écrire un générateur pour blockly (dans l’exemple c’était un générateur de tests cucumber, mais j’ai plein d’idées pour d’autres usages)
  • ne plus avoir peur de Haskell (cela me sera utile pour écrire des filtres pandoc)
  • apprecier la beauté d’Erlang (cela me sera utile pour comprendre Wings3D, cela faisait longtemps que j’avais envie de me plonger dedans)

Surtout, surtout, j’ai eu un tas d’exemples d’atéliers de programmation motivants, utilisant un tas de technologies low-tech (sifflets pour annoncer la fin de l’exercices) ou high-tech (environnement sur le cloud disponible out-of-the-box). Qu’est-ce que j’aimerais que mes cours de code soient aussi jolis…

Je suis allée à une plethore d’atéliers mais cela ne doit pas cacher la nature de cette conférence – c’était une conférence où l’on parlait plus des pratiques que des outils concrets. J’ai particulièrement aimé l’exposé sur les principes de conception de langages de programmation donnée par un des concepteurs d’Erlang, Robert Virding. Mais la nuit tombe, j’écrirais sur ça une autre fois. Vous pourrez voir d’ici quelques semaines les enregistrements des exposés sur ncrafts.io.

Merci encore à Ladies of Code pour le billet d’entrée!!!

Limoges, Avignon, Marseille, Paris

Dans ma vie quotidienne je circule entre deux villes : Palaiseau, où j’habite; et Saint-Denis où j’aimerais habiter puisque j’y travaille.

Mais là cette semaine, j’ai un peu cassé le schèma.

Lundi, j’avais une audition à Limoges qui s’est bien passée mais pas suffisemment bien pour avoir le poste – j’ai été classée troisième. Donc cela ne suffit pas pour que Limoges devienne ma ville française préférée mais le labo XLIM est monté énormement dans mon appréciation – j’ai trop envie d’y revenir avant l’été. Ma grande aussi a adoré.

Mardi, j’étais invitée faire un exposé à Avignon. C’était trop cool et j’ai senti mon public interessé même si je me suis plantée dans une de mes citations. J’ai pu parler à Thierry, un collègue que je n’avais pas vu depuis Strasbourg 2016 et qui démarre une collaboration avec un tailleur de pierres précieuses. Du coup on s’est mis à rêver de polyèdres d’Akiyama découpés dans du diamant, c’était vraiment excitant de parler de tout ça après mon recrutement raté – dans sa personne  j’ai trouvé un autre mathématicien qui était fort intéressé par mon projet de recherche à Limoges (raté, je n’aurai pas le bon poste pour avancer sur ce projet là).

Mercredi, j’ai bossé tout le matin à Marseille avec Serge. Qu’est-ce que j’aime cette ville… L’émotion que je ressens à chaque fois que j’arrive à la gare Saint Charles je n’ai jamais réussi à la ressentir en arrivant ailleurs – même pas à Cusco.

Jeudi et vendredi j’irai à la conférence NewCrafts à Paris.  J’en suis trop contente, décidement cela me fera du bien après les trois derniers jours où j’ai fait en trois jours trois villes plus un examen partiel gérée à distance. Merci à Ladies of Code pour le billet d’entrée!!! C’est la toute première fois où je vais à une conférence de développeurs, j’ai de grandes expectatives, je vous raconterai tout ça, lecteurs et lectrices fidèles, dès ce weekend.

Ma vie en rectangles

Ma grande soeur Lucía avait écrit il y a quelques jours un article avec de belles visualisations de ses données généalogiques. Ses origines étant également les miennes, je ne peux que vous inviter à aller voir par vous mêmes.

Nos chemins ont bifurqué il y a de cela 15 ans. On est toutes les deux parties de Cusco pour les études à peu-près à la même époque, il y a de cela quinze ans. Elle était partie en Europe, moi à Lima. J’ai donc décidé de refaire sa dernière figure de son article avec les lieux où j’ai vécu, moi. Ceci n’a pas exactement la même tête que les figures à Lucía – apparemment la commande mutate_if ne fait plus partie du namespace dplyr mais va savoir à quelle étape ça joue. Mais je ne vais pas deboguer ça maintenant. Je suis déjà contente d’avoir une figure, même si je n’arrive pas à l’inclure autrement que via une image (il y a une description textuelle plus bas.)

Visualisation des lieux où j'ai vécu, partagés de façon assez équilibrée entre la France, le Pérou et la Pologne.
Figure 5. Visualisation des lieux où j’ai vécu.

Voici les mêmes données dans un format non visuel (une liste). Je croise les doigts pour pouvoir bientôt y rajouter Limoges.

  • Pérou : 15 ans
    1. Lima : 11 ans et demi
    2. Cusco : 3 ans et demi
  • Pologne :  9 ans et 7 mois
    1. Cracovie : 6 ans et un mois
    2. Krzeszowice : 1 an et demi
    3. Grabie : 1 an
    4. Olszowice : 1 an
  • France : 8 ans et 5 mois
    1. Palaiseau : 7 ans et 4 mois
    2. Marseille : 6 mois et demi
    3. Villeneuve-sur-Lot : 4 mois
    4. Gif-sur-Yvette : 2 mois et demi

Je ne garantis pas la véracité des données, je suis d’ailleurs certaine que quelque chose cloche quelque part car le total excède mon âge de quelques mois. En tout cas l’ordre de grandeur est bon. Il faudrait que je revérifie des durées avec mes parents puisque il y a vingt ans je ne comptais pas le temps comme je le fais aujourd’hui…

Prouver son identité (éléction présidentielle 2017)

Ceci ne sera pas una article mathématique poussé – plutôt une note en passant pour me rappeler d’écrire sur ça plus tard.

Prouver son identité, quel sujet complexe. J’y pense car j’ai passé la journée à chercher mon passeport français et/ou ma carte d’identité. Pour apprendre à la fin de la journée qu’en fait je pouvais me présenter au bureau éléctoral avec ma carte vitale tout simplement.

Venant à la base d’un pays avec une administration psychorigide, je n’imaginais même pas qu’il serait possible de ce présenter au bureau de vote avec autre chose que ces deux documents. Je suis encore impressionnée par la liste de pièces acceptables. La voici (dixit Service-Public.fr) :

  • Carte nationale d’identité (valide ou périmée)
  • Passeport (valide ou périmé)
  • Permis de conduire (valide)
  • Carte vitale avec photo (valide)
  • Carte de famille nombreuse (valide) délivrée par la SNCF
  • Permis de chasser avec photo délivré par le représentant de l’État (valide)
  • Livret de circulation (valide)
  • Carte du combattant, de couleur chamois ou tricolore (valide)
  • Carte d’identité ou carte de circulation avec photo, délivrée par les autorités militaires (valide)
  • Carte d’identité de fonctionnaire de l’État, de parlementaire ou d’élu local avec photo (valide)
  • Carte d’invalidité civile ou militaire avec photo (valide)
  • Récépissé valant justification de l’identité, délivré en échange des pièces d’identité en cas de contrôle judiciaire (valide)

L’arithmétique dans la vie familiale des années 60

Je voudrais dormir mais le sommeil ne vient pas, même en comptant des lamas…
Je décide donc de prendre un livre plus ou moins au hazard – j’attrape un vieux manuel scolaire d’Arithmétique, en me disant qu’il est probablement bien soporifique.

En fait non, j’ai fini par complètement me réveiller. Et ce n’est pas la faute de la vision de Dieu dans les maths modernes puisque ce livre date de 1964. C’est la faute des exercices sexistes.

Bon, le bouquin date d’à peine 20 ans après l’obtention du droit de vote des femmes en France – je ne devrais peut-être pas être si surprise des stéreotypes véhiculés dedans. Mais je suis au courant que ce problème de representation des femmes dans les manuels scolaires de mathématiques persiste aujourd’hui, voir par exemple l’étude « Égalité femmes-hommes dans les manuels de Mathématiques, une équation irrésolue ? Les représentations sexuées dans les manuels de mathématiques de Terminale » du centre Hubertine Auclert.

Voici quelques extraits de ce qu’on peut lire en feuilletant les problèmes de récapitulation du livre « Arithmétique cours supérieur par une réunion de professeurs » publié en 1964 par la Librairie Générale de l’Enseignement Libre, 77, rue de Vaugirard, Paris VI. N° 152 E et arrivé àma bibliothèque on ne sait pas comment.

Problèmes de recapitulation
226. Un boulanger[…]
228. Un petit commerçant[…]
243. Une ménagère veut faire des confitures[…]
244. Une ménagère reçoit six personnes[…]
281. Dans une famille composée du père, de la mère et de 4 enfants de moins de 15 ans, le père est le seul à travailler[…]
297. Un médecin a soigné votre maman gravement malade[…]

En fait, ce qui m’a le plus géné c’est que dans les exercices du chapitre « Vie Familiale » il n’y a quasiment que des ménagères et des mères de famille, alors que dans le reste du livre, en tout cas en lisant en diagonale, je n’ai vu que des formulations neutres ou au masculin. Je me suis alors rappellé de l’étude sus-citée et je m’en veux tout à coup de ne pas avoir vérifié le manuel de mathématiques de ma grande.