L’émotion de la première audition

Comme chaque année depuis la fin de ma thèse, j’ai suivi le rituel des candidatures au postes de maître de conférence sur Galaxie.

Comme chaque année, tout de suite après la fermeture de la session synchronisée j’ai commencé à recevoir des réponses négatives.

La petite phrase fatidique :

Dossier recevable – Non auditionné-non admis à poursuivre le concours

a vraiment de quoi faire flancher le moral lorsqu’elle est répétée plein de fois.

Cela ne m’avait pas surpris la première année après la thèse – enfin de compte, j’avais soutenu sans aucune publication. Dès que j’ai fini ma thèse, j’ai réussi à tenir un rythme en recherche qui a au moins réussi à m’impressioner moi-même bien qu’il n’ait impressionné aucun comité de selection lors de mon deuxième tour de candidatures. La deuxième année j’étais bien plus triste de ne pas avoir eu d’audition d’autant plus que ma petite famille avait perdu la motivation de déménager pour des postes temporaires.

Imaginez donc ma joie lorsque la première semaine d’avril je reçois une convocation à une audition à Lille. Qui s’est avéré être un SCAM, un « bug« , une erreur de manipulation.

J’ai eu la chance de décrocher une promesse d’embauche à l’INRIA quelques jours après, pour un poste d’ingénieur de recherche de deux ans, sur un projet super-ultra intéressant aussi bien du point de vue mathématique que du point de vue de ces applications en accéssibilité. Ceci étant une nouvelle assez récente, je me réveille encore chaque matin en voyant la vie en rose, et je passe tout mon temps libre à m’initier aux modèles probabilistes de graphes (probabilistic graphical models), qui sont la clé de voute du projet auquel je m’intégrerais à l’INRIA. C’est sûr que ce poste à l’INRIA m’a aidé à faire face à la lecture répétée de la phrase fatidique :

Dossier recevable – Non auditionné-non admis à poursuivre le concours

sans tomber ni dans les pommes, ni dans un découragement professionnel profond.

Mais cette suite fatidique vient de changer !  Ce matin même, j’ai reçu le mail d’un comité de séléction à Limoges me convoquant à une audition. Je me rappellais très bien que j’avais passé du temps sur ce dossier – mais je l’avais aussi fait pour mes dossiers lillois, et après l’histoire du scam lillois j’étais assez méfiante. Après une vérification rapide sur Galaxie, dont les résultats sont encore absents, j’avais de gros doutes.

Quand j’ai vu mon sur la liste des auditionnés sur le site d’Opération Postes, j’étais dans un de ces états difficiles à décrire. Mais je vais quand même essayer de le décrire :

  • mon cœur bat à mille à l’heure ;
  • j’envisage un futur dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ;
  • je commence à avoir un peu le trac, mais je décide de laisser le trac pour après ;
  • je tiens plus en place, c’est comme si mes pieds voulaient m’emmener courir tout de suite.

Vous vous rendez compte, c’est ma première audition ! Limoges vient de remonter énormement dans mon classement de mes villes françaises préférées, et le XLIM a desormais tout le potentiel pour devenir mon laboratoire préféré de tous les temps. J’ai deux semaines pour préparer une audition en béton. Croisons les doigts ! Si c’était un tirage au sort, j’aurais 20% de chances de réussir, puisqu’il n’y a que cinq personnes convoquées à l’audition. Ce n’est pas un tirage au sort, je ferai donc de mon mieux pour dépasser ces 20% de chances d’avoir le poste, et on verra bien.

Même si le résultat est négatif, je continuerais à chérir Limoges et le XLIM dans mon cœur, comme on chérirait un vieil ami. Maintenant que l’émotion de la nouvelle est retombée, j’envisage  les résultats de l’audition avec beaucoup de calme, toujours grâce à l’INRIA. (Enfin de compte passer deux ans à faire de la structuration automatique de documents à l’INRIA c’est super classe aussi. Il faudrait peut-être que je vois comment intégrer ce projet dans mon audition à Limoges…)

Machine de Turing en papier

Après une semaine très lourde passée à faire jour et nuit un dossier de candidature (je vous dirai où si je suis prise ! ), j’ai passée une matinée agréable à découper du papier.

 

Quatre morceaux de papier imprimés, réliés pour representer une machine de Turing.
Machine de Turing en papier

Voici donc, la machine de Turing en papier conçue pour l’espace Turing par Marc Monticelli et compagnie.

C’est pour introduire le projet sur lequel travaillerons mes étudiants du cours de Java. C’est cool hein? Dans quelques jours, la démo – je profiterai de mon trajet à Strasbourg pour illustrer l’usage de cet ordinateur de papier.

La selectivité à l’entrée de l’université est-elle si importante?

Via le site lamula.pe je suis tombée sur l’article “Mayor acceso con menor calidad en la educación superior: algunas evidencias desde las habilidades de los estudiantes” de Gustavo Yamada et al. dans le journal d’une université privée péruvienne. En peu de mots il dit que la qualité de l’éducation supérieure au Pérou s’est détériorée dans les dix dernières années parce que des gens ayant des habilités moindres ont été admis dans le système universitaire par le biais des universités privées moins sélectives.

Dans l’article, une enquête d’habilités récente est utilisée pour démontrer la baisse de niveau et des statistiques au niveau national sont évoquées pour montrer la moindre sélectivité à l’entrée de l’université. Je n’ai pas de mal à y croire, ayant passé moi-même par le système, c’est des choses dont on parle entre copains à la fac, avec une pointe de jalousie parfois puisque notre université (publique) était, elle, très sélective.

Mais ce qui me gêne dans cet article c’est la conclusion, et les moyens d’y arriver. Vous vous rendez compte que si on répliquait le même raisonnement pour l’université française, qui, elle, ne réalise pas de sélection à l’entrée (en dehors du baccalauréat qui n’est quand même pas difficile à obtenir), on aurait des conclusions assez dérangeantes.

A mon humble avis, appliquer une sélection aux points de passage, comme par exemple du lycée à l’université, n’est pas forcement le mieux pour garantir le niveau des étudiants, puisqu’on peut s’en sortir avec du bachotage. C’est en quelque sorte la “sélection continue” qui aide les gens à éviter la procrastination, et un travail fourni en continu donne de bien meilleurs résultats que les bachotages. Mais cette évaluation continue peut être très stressante et donc diminuer le niveau de bonheur. Je l’ai vécu dans mon université au Pérou en plus du concours à l’entrée, je le vis un peu moins maintenant ici en France où le système universitaire est bien plus humain et flexible.

Dans un prochain article, je mettrai  une petite explication de la formule utilisé par les auteurs pour mettre en évidence la moindre sélectivité des universités.