Inventer des examens

J’ai enfin fini de rédiger le test blanc que je ferai passer à mes étudiants de L2 toute à l’heure.  *Non*, je n’ai pas fait de nuit blanche. Je ne me suis pas réveillée à 4 heures mais  à 5 heures. Ne plus travailler à 4 heures du matin faisait partie de mes bonnes résolutions pour le nouvel an et de temps en temps je m’en souviens.

La première fois où j’ai enseigné en fac’, il y de cela presque 10 ans, c’était dans une université péruvienne qui tenait à ce que les étudiants de Licence soient évalués toutes les deux semaines. En tant que chargée de TD,  c’était à moi d’inventer les tests de deux heures et de les corriger. Ayant quatre cours à charge,  j’avais deux tests à préparer et des dizaines de copies à corriger chaque semaine, en plus des feuilles d’exercices. Seulement dans un des quatre cours travaillait-on dans une équipe de chargée de TD (Calculus).

Autant vous dire qu’à l’époque je n’inventais pas d’exercices. Je les prenais dans des bouquins, et je m’arrangais pour que mes sources soient suffisement variées pour que les étudiants ne puissent pas deviner en avance les questions des examens.  Ce n’est qu’une fois que j’ai commencé à enseigner à Orsay que j’ai pu me mettre à inventer des exercices. Là bàs, pour tous les cours on travaillait dans une équipe enseignante.

Aujourd’hui à Saint-Denis j’ai à charge cinq cours, dont deux au deuxième semestre. Toute seule, sans équipe enseignante à mes côtés. Autant vous dire que j’ai réussi à mettre en place un contrôle continu seulement dans un des cours (Calcul Formel au premier semestre). Par contre, tous mes examens ont été originaux, avec des exercices inventés par moi-même.

Vu le travail que ça demande (e.g. trois jours pour faire l’examen de Java 1), il faudrait que je téléverse ensuite tout ça sur quelque part sur internet (GitHub?) et que je rends tout ça aisement trouvable. Un jour pas trop lointain de préférence. Je vous dirai quand ce sera fait.

L’émotion de la première audition

Comme chaque année depuis la fin de ma thèse, j’ai suivi le rituel des candidatures au postes de maître de conférence sur Galaxie.

Comme chaque année, tout de suite après la fermeture de la session synchronisée j’ai commencé à recevoir des réponses négatives.

La petite phrase fatidique :

Dossier recevable – Non auditionné-non admis à poursuivre le concours

a vraiment de quoi faire flancher le moral lorsqu’elle est répétée plein de fois.

Cela ne m’avait pas surpris la première année après la thèse – enfin de compte, j’avais soutenu sans aucune publication. Dès que j’ai fini ma thèse, j’ai réussi à tenir un rythme en recherche qui a au moins réussi à m’impressioner moi-même bien qu’il n’ait impressionné aucun comité de selection lors de mon deuxième tour de candidatures. La deuxième année j’étais bien plus triste de ne pas avoir eu d’audition d’autant plus que ma petite famille avait perdu la motivation de déménager pour des postes temporaires.

Imaginez donc ma joie lorsque la première semaine d’avril je reçois une convocation à une audition à Lille. Qui s’est avéré être un SCAM, un « bug« , une erreur de manipulation.

J’ai eu la chance de décrocher une promesse d’embauche à l’INRIA quelques jours après, pour un poste d’ingénieur de recherche de deux ans, sur un projet super-ultra intéressant aussi bien du point de vue mathématique que du point de vue de ces applications en accéssibilité. Ceci étant une nouvelle assez récente, je me réveille encore chaque matin en voyant la vie en rose, et je passe tout mon temps libre à m’initier aux modèles probabilistes de graphes (probabilistic graphical models), qui sont la clé de voute du projet auquel je m’intégrerais à l’INRIA. C’est sûr que ce poste à l’INRIA m’a aidé à faire face à la lecture répétée de la phrase fatidique :

Dossier recevable – Non auditionné-non admis à poursuivre le concours

sans tomber ni dans les pommes, ni dans un découragement professionnel profond.

Mais cette suite fatidique vient de changer !  Ce matin même, j’ai reçu le mail d’un comité de séléction à Limoges me convoquant à une audition. Je me rappellais très bien que j’avais passé du temps sur ce dossier – mais je l’avais aussi fait pour mes dossiers lillois, et après l’histoire du scam lillois j’étais assez méfiante. Après une vérification rapide sur Galaxie, dont les résultats sont encore absents, j’avais de gros doutes.

Quand j’ai vu mon sur la liste des auditionnés sur le site d’Opération Postes, j’étais dans un de ces états difficiles à décrire. Mais je vais quand même essayer de le décrire :

  • mon cœur bat à mille à l’heure ;
  • j’envisage un futur dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ;
  • je commence à avoir un peu le trac, mais je décide de laisser le trac pour après ;
  • je tiens plus en place, c’est comme si mes pieds voulaient m’emmener courir tout de suite.

Vous vous rendez compte, c’est ma première audition ! Limoges vient de remonter énormement dans mon classement de mes villes françaises préférées, et le XLIM a desormais tout le potentiel pour devenir mon laboratoire préféré de tous les temps. J’ai deux semaines pour préparer une audition en béton. Croisons les doigts ! Si c’était un tirage au sort, j’aurais 20% de chances de réussir, puisqu’il n’y a que cinq personnes convoquées à l’audition. Ce n’est pas un tirage au sort, je ferai donc de mon mieux pour dépasser ces 20% de chances d’avoir le poste, et on verra bien.

Même si le résultat est négatif, je continuerais à chérir Limoges et le XLIM dans mon cœur, comme on chérirait un vieil ami. Maintenant que l’émotion de la nouvelle est retombée, j’envisage  les résultats de l’audition avec beaucoup de calme, toujours grâce à l’INRIA. (Enfin de compte passer deux ans à faire de la structuration automatique de documents à l’INRIA c’est super classe aussi. Il faudrait peut-être que je vois comment intégrer ce projet dans mon audition à Limoges…)

Maths utiles au London Science Museum

C’était super de revenir au London Science Museum, que je n’avais pas visité depuis 2011-2012.

Mais c’est bien dommage que je n’ai pas pu voir ce que je souhaitais le plus revoir,  à savoir l’immense collection de modèles géométriques que ce musée possède. Je ne me rappelle plus quels modèles j’avais vu lors de ma première visite, mais je regrette de ne pas avoir pu m’y attarder plus à l’époque. Je me souviens comme si c’était hier que c’est dans ce musée que j’avais appris pour la première fois le role de Felix Klein dans la création et la diffusion de modèles en platre.

Le nouvel accrochage de la section maths du London Science Museum est aujourd’hui dédié uniquement aux mathématiques utiles. C’est fascinant comme tout, j’a par exemple pu y voir un analyseur différentiel, ou l’une des premières machines capable de reconnaitre des visages en faisant une analyse de formes. C’est fascinant et pourtant je suis restée sur ma faim… certes, je referais bientot des maths utiles et fascinantes, mais j’ai vu dans ma vie tellement de mathématiques fascinantes mais inutiles que ça m’a serré le coeur de ne pas les voir représentées au London Science Museum;

Un bénévole qui présentait au public ce jour-là quelques objets mathématiques imprimés en 3D m’a expliqué que le musée n’expose jamais à un moment donnée plus de 6 % de ses collections. En sachant ça, je comprends  que limiter l’exposition à des mathématiques utiles est une façon comme une autre de faire ces choix. Mais je veux encore revoir les modèles en platre – dans l’exposition actuelle il n’en reste que deux. J’ai acheté le livre du curateur de la section maths telle qu’elle est aujourd’hui qui est en quelque sorte le catalogue de ses choix, et je compte lui écrire quand j’aurais fini de lire le livre. Avec un peu de chance, je réussirais peut-etre à négocier une visite dans les magasins du musée pour revoir les objets que je voulais tellement revoir ?

En attendant, il est possible d’explorer le catalogue des collections du musée à l’adresse suivante  :

http://collection.sciencemuseum.org.uk/

 

Adorables anglais

Passage éclair à Londres aujourd’hui.

La sacoche que j’avais égaré à la Victoria Coach Station en rentrant de Bristol a été retrouvée. Et surtout, elle a été rendue!

Sachant que dedans il y avait l’ordinateur portable de mon département, je suis très contente de l’honnêteté des anglais. Je me préparais déjà à devoir le rembourser. Je vais le dire en anglais, au cas où la personne ayant retrouvé et rendu la sacoche au Lost Property Office me lirait un jour.

I love British people honesty. You are adorable. Thank you so much, my dear friends, for giving back my bag in spite of the high value of it’s content.

Et maintenant, avant de rentrer en France, je vais aller faire un tour à l’aile des mathématiques au London Science Museum, appelée Winton Gallery. Par conséquent mon prochain article parlera de ça. Je ne pourrais plus parler du colloque sur le temps des chercheurs, puisque je m’en suis absentée pour pouvoir récupérer rapidement l’ordinateur égaré.

Le retard permanent

Un colloque au centre interdisciplinaire d’Alembert à l’université Paris-Sud concernant la question du temps des chercheurs se tiendra ce jeudi 20 avril.

2017 : Quand le temps nous est compté : questions de temps dans le travail académique

Je compte bien y assister puisque la question me touche de près. Depuis que j’ai fini ma thèse je passe un temps absurde à chercher du travail chaque année pour l’année suivante. Soit dit en passant, pour la rentrée 2017 j’ai déjà trouvé un travail passionnant (encore temporaire mais donnant de bonnes perspectives pour la suite, j’en parlerai plus dans un autre article).

Mes aînés se plaignent de leur côté du temps passé à chercher des financements sur projet (les financements ANR, ERC et similaires). Voir par exemple cet article de Viviane Pons

http://openpyviv.com/2016/04/15/funding/

Il existe même un manifesto de « Slow Science », qui sera discuté au colloque de jeudi.

Personnellement je me suis mise à refléchir la dessus aujourd’hui car j’ai enfin fini ma « TODO list » de février aujourd’hui. Elle avait pourtant l’air assez raisonnable :

  • finir les corrections des examens et projets du premier semestre ;
  • imprimer quelques objets mathématiques ;
  • finir une relecture pour laquelle j’avais pris un retard considérable ;
  • faire les candidatures sur les postes de maître de conférences ouverts au fil de l’eau ;
  • écrire un nouvel article avec Serge.

Bon, pour être hônnete le nouvel article avec Serge n’est pas encore fini, mais presque (ça parle d’unique ergodicité dans un wind-tree générique). En tout cas, ma liste avait l’air tellement raisonnable que pour me forcer à bien avancer dessus je me suis dite que je n’écrirai pas dans le blog tant que je n’aurais pas fini au moins les corrections et la relecture. J’ai fini la relecture ce matin, ce qui explique mon long silence.

Pourquoi était-ce une liste pour février ? Eh bien, parce que je suis partie en février à Marseille pour un mois thématique et en optimiste invétérée j’imaginais que pendant ce mois sans enseignements j’aurais un temps fou pour m’occuper de tout ça. En pratique, au bout de deux semaines j’étais déjà fatiguée et au bout de trois semaines complètement épuisée. Résultat : je n’ai pu faire qu’une maigre fraction de ce que je voulais faire pendant que j’étais là-bas. En tout cas, Marseille c’était magique, comme d’habitude. J’ai croisé un nombre incroyable de personnes incroyables, j’ai initié plusieurs nouveaux projets en recherche et en vulgarisation, et j’ai enfin pu dîner au CIRM avec mon bébé. L’histoire du CIRM et les bébés mériterait aussi un article à part mais je commence à me dissiper alors je m’arrêterai là pour aujourd’hui puisque j’ai encore une centaine de mails accumulés à lire, 6 heures de cours à préparer et un examen blanc à écrire.

Ars longa, vita brevis

Vita brevis, ars longa, occasio praeceps, experimentum periculosum, judicium difficile. (Hippocrate)

Autrement dit, la vie s’eclipse alors que l’art perdure, l’opportunité s’enfuit,  l’expérience est hasardeuse et le jugement, difficile.

« Ars » peut s’interpreter ici comme art ou métier. (Nota bene : je ne parle pas latin, ma traduction est donc secondaire.)

Lu sur le blog de Peter Norvig dans son article Teach Yourself Programming in Ten Years (en français: Apprenez à programmer en dix ans)

Look at the CAT

Measurement is when you look at the cat

Dit par Harald au detour d’un déjeuner mathématique où Greg nous expliquait la théorie d’information quantique. Il parlait du chat de Schrödinger – moi j’ai pensé qu’il parlait de CAT0, CAT1, etc. Enfin bref, ça me fera une blague mathématique en plus à raconter en soirée.

Proof of concept : exemple de coloration syntaxique

J’ai donné en devoir de mon cours de WordPress de rajouter la coloration syntaxique en utilisant le fichier
style.css
d’un thème et non pas un plug-in. Je viens de le faire sur mon propre blog – dont voici un exemple d’utilisation. Je mettrai en ligne une explication plus complète quand mes étudiants m’auront rendu leurs mini-projets.

Exemple de code Java coloré et commenté :

Plutôt que d’utiliser des branchements if-else imbriqués, je préfère utiliser un switch.

switch(choixDuProgramme)
{
    case 0: 
        //instructions du premier programme
        break;
    case 1: 
        //instructions du deuxième programme
        break;
    case 2:
        //instructions du troisième programme 
}

Remarque : Dans ce code il n’y a pas de cas default car on s’assure de façon anticipé que la variable choixDuProgramme ne prenne que les valeurs 0, 1 ou 2.
Normalement il faudrait capturer une exception et la traiter mais nous n’avons pas encore travaillé cela en cours.

Résolutions de nouvel an – 2017

Comme chaque année, le nouvel an apporte son lot de bonnes résolutions :

  • Rire plus
  • Lire plus
  • Écrire plus

Non, non, non, aujourd’hui je ne vais pas faire un lot de banalités generalistes. Plus sérieusement, je veux :

  • Écrire mes articles de thèse (et aussi celui de mon mémoir de master).
  • Faire un module de vulgarisation sur les puzzles d’Arnoux-Yoccoz.
  • Finir de lire le livre de géométrie algébrique de Griffiths & Harris.
  • Lire les bouquins de Papadopoulos et celui de Franchi sur la géométrie hyperbolique.
  • Finir de lire toutes les notes de cours de l’école AGRA.
  • Ne plus rater des appels à post-doc.
  • Aller faire un exposé à Bristol. Et tant qu’à faire, aussi à Moscou.
  • Revenir à Trieste. Et à Strasbourg. Et tant qu’à faire, pourquoi pas à Séoul.
  • Lire à ma fille en polonais :
    • tous les livres sur Harry Potter;
    • tous les livres sur le roi Macius.
  • Commencer à coder pour Android – même si je n’ai plus de smartphone, pour le jour où j’en aurai de nouveau un:
    • un clavier avec les symboles mathématiques en Unicode;
    • un éditeur de texte où l’on puisse écrire – et lire – des maths facilement.
  • Faire une série de surfaces plates en découpant du tissu – y compris des anamorphoses cartographiques.
  • Finir ma série de cartes terrestres sur des surfaces hyperboliques.
  • Apprendre Ruby.
  • Recommencer à frequenter des séminaires mathématiques réguliers.
  • Ne plus jamais préparer des leçons la veille du cours (ni à 4 heures du matin).
  • Finir d’imprimer la collection d’objets 3D d’Imaginary.
  • Collaborer pour de vrai avec les membres de mon labo.
  • Aller chez le médecin quand le besoin s’en fait sentir – et non plus avec 6 mois de retard.
  • Regarder mon agenda tous les matins.
  • Ne plus oublier de prendre les suppléments de fer – ni de vitamine B12 – quand il le faut.
  • Ne plus oublier de me laver les dents.
  • Continuer la série de chambres en miroir.
  • Revenir à AIMS en Afrique – et à l’IMCA au Pérou.
  • Lire l’article de Nakeya sur la regression géographique dans la recherche en santé.
  • Écrire dans ce blog au moins une fois par semaine – même si c’est du vrac.
  • Convertir ce blog en un site que je serai fière de mettre dans mon CV.
  • Organiser mes archives et les déposer sur GitHub.
  • Faire un exposé dans une conférence de programmeurs.
  • Ne plus rater de musée le premier dimanche du mois.
  • Passer plus de temps avec mon bébé.
  • Recevoir mon premier guest sur Couchsurfing.
  • Ne pas prendre de retard sur les corrections de devoirs, examens etc.
  • Ouvrir une chaine vidéo (Youtube, Vimeo, DailyMotion ou ce blog, pas encore décidé).
  • Ne plus rater des ouvertures de poste.
  • Reprendre la route en autostop.
  • Arrêter de dire des généralités.