New Crafts 2017

Jeudi et vendredi je suis allée pour la première fois à une conférence de programmeurs – New Crafts .

Une fois dépassée la sensation bizarre d’avoir encore moins de femmes autour que d’habitude, j’ai trouvé ces deux jours très enrichissants (même si j’ai raté le dîner avec des bières artisanales, obligations de famille obligent). J’ai appris tout un tas de choses fascinantes, inutiles à court terme mais fort utiles pour la suite :

  • écrire un générateur pour blockly (dans l’exemple c’était un générateur de tests cucumber, mais j’ai plein d’idées pour d’autres usages)
  • ne plus avoir peur de Haskell (cela me sera utile pour écrire des filtres pandoc)
  • apprecier la beauté d’Erlang (cela me sera utile pour comprendre Wings3D, cela faisait longtemps que j’avais envie de me plonger dedans)

Surtout, surtout, j’ai eu un tas d’exemples d’atéliers de programmation motivants, utilisant un tas de technologies low-tech (sifflets pour annoncer la fin de l’exercices) ou high-tech (environnement sur le cloud disponible out-of-the-box). Qu’est-ce que j’aimerais que mes cours de code soient aussi jolis…

Je suis allée à une plethore d’atéliers mais cela ne doit pas cacher la nature de cette conférence – c’était une conférence où l’on parlait plus des pratiques que des outils concrets. J’ai particulièrement aimé l’exposé sur les principes de conception de langages de programmation donnée par un des concepteurs d’Erlang, Robert Virding. Mais la nuit tombe, j’écrirais sur ça une autre fois. Vous pourrez voir d’ici quelques semaines les enregistrements des exposés sur ncrafts.io.

Merci encore à Ladies of Code pour le billet d’entrée!!!

Limoges, Avignon, Marseille, Paris

Dans ma vie quotidienne je circule entre deux villes : Palaiseau, où j’habite; et Saint-Denis où j’aimerais habiter puisque j’y travaille.

Mais là cette semaine, j’ai un peu cassé le schèma.

Lundi, j’avais une audition à Limoges qui s’est bien passée mais pas suffisemment bien pour avoir le poste – j’ai été classée troisième. Donc cela ne suffit pas pour que Limoges devienne ma ville française préférée mais le labo XLIM est monté énormement dans mon appréciation – j’ai trop envie d’y revenir avant l’été. Ma grande aussi a adoré.

Mardi, j’étais invitée faire un exposé à Avignon. C’était trop cool et j’ai senti mon public interessé même si je me suis plantée dans une de mes citations. J’ai pu parler à Thierry, un collègue que je n’avais pas vu depuis Strasbourg 2016 et qui démarre une collaboration avec un tailleur de pierres précieuses. Du coup on s’est mis à rêver de polyèdres d’Akiyama découpés dans du diamant, c’était vraiment excitant de parler de tout ça après mon recrutement raté – dans sa personne  j’ai trouvé un autre mathématicien qui était fort intéressé par mon projet de recherche à Limoges (raté, je n’aurai pas le bon poste pour avancer sur ce projet là).

Mercredi, j’ai bossé tout le matin à Marseille avec Serge. Qu’est-ce que j’aime cette ville… L’émotion que je ressens à chaque fois que j’arrive à la gare Saint Charles je n’ai jamais réussi à la ressentir en arrivant ailleurs – même pas à Cusco.

Jeudi et vendredi j’irai à la conférence NewCrafts à Paris.  J’en suis trop contente, décidement cela me fera du bien après les trois derniers jours où j’ai fait en trois jours trois villes plus un examen partiel gérée à distance. Merci à Ladies of Code pour le billet d’entrée!!! C’est la toute première fois où je vais à une conférence de développeurs, j’ai de grandes expectatives, je vous raconterai tout ça, lecteurs et lectrices fidèles, dès ce weekend.

Ma vie en rectangles

Ma grande soeur Lucía avait écrit il y a quelques jours un article avec de belles visualisations de ses données généalogiques. Ses origines étant également les miennes, je ne peux que vous inviter à aller voir par vous mêmes.

Nos chemins ont bifurqué il y a de cela 15 ans. On est toutes les deux parties de Cusco pour les études à peu-près à la même époque, il y a de cela quinze ans. Elle était partie en Europe, moi à Lima. J’ai donc décidé de refaire sa dernière figure de son article avec les lieux où j’ai vécu, moi. Ceci n’a pas exactement la même tête que les figures à Lucía – apparemment la commande mutate_if ne fait plus partie du namespace dplyr mais va savoir à quelle étape ça joue. Mais je ne vais pas deboguer ça maintenant. Je suis déjà contente d’avoir une figure, même si je n’arrive pas à l’inclure autrement que via une image (il y a une description textuelle plus bas.)

Visualisation des lieux où j'ai vécu, partagés de façon assez équilibrée entre la France, le Pérou et la Pologne.
Figure 5. Visualisation des lieux où j’ai vécu.

Voici les mêmes données dans un format non visuel (une liste). Je croise les doigts pour pouvoir bientôt y rajouter Limoges.

  • Pérou : 15 ans
    1. Lima : 11 ans et demi
    2. Cusco : 3 ans et demi
  • Pologne :  9 ans et 7 mois
    1. Cracovie : 6 ans et un mois
    2. Krzeszowice : 1 an et demi
    3. Grabie : 1 an
    4. Olszowice : 1 an
  • France : 8 ans et 5 mois
    1. Palaiseau : 7 ans et 4 mois
    2. Marseille : 6 mois et demi
    3. Villeneuve-sur-Lot : 4 mois
    4. Gif-sur-Yvette : 2 mois et demi

Je ne garantis pas la véracité des données, je suis d’ailleurs certaine que quelque chose cloche quelque part car le total excède mon âge de quelques mois. En tout cas l’ordre de grandeur est bon. Il faudrait que je revérifie des durées avec mes parents puisque il y a vingt ans je ne comptais pas le temps comme je le fais aujourd’hui…

Prouver son identité (éléction présidentielle 2017)

Ceci ne sera pas una article mathématique poussé – plutôt une note en passant pour me rappeler d’écrire sur ça plus tard.

Prouver son identité, quel sujet complexe. J’y pense car j’ai passé la journée à chercher mon passeport français et/ou ma carte d’identité. Pour apprendre à la fin de la journée qu’en fait je pouvais me présenter au bureau éléctoral avec ma carte vitale tout simplement.

Venant à la base d’un pays avec une administration psychorigide, je n’imaginais même pas qu’il serait possible de ce présenter au bureau de vote avec autre chose que ces deux documents. Je suis encore impressionnée par la liste de pièces acceptables. La voici (dixit Service-Public.fr) :

  • Carte nationale d’identité (valide ou périmée)
  • Passeport (valide ou périmé)
  • Permis de conduire (valide)
  • Carte vitale avec photo (valide)
  • Carte de famille nombreuse (valide) délivrée par la SNCF
  • Permis de chasser avec photo délivré par le représentant de l’État (valide)
  • Livret de circulation (valide)
  • Carte du combattant, de couleur chamois ou tricolore (valide)
  • Carte d’identité ou carte de circulation avec photo, délivrée par les autorités militaires (valide)
  • Carte d’identité de fonctionnaire de l’État, de parlementaire ou d’élu local avec photo (valide)
  • Carte d’invalidité civile ou militaire avec photo (valide)
  • Récépissé valant justification de l’identité, délivré en échange des pièces d’identité en cas de contrôle judiciaire (valide)

L’arithmétique dans la vie familiale des années 60

Je voudrais dormir mais le sommeil ne vient pas, même en comptant des lamas…
Je décide donc de prendre un livre plus ou moins au hazard – j’attrape un vieux manuel scolaire d’Arithmétique, en me disant qu’il est probablement bien soporifique.

En fait non, j’ai fini par complètement me réveiller. Et ce n’est pas la faute de la vision de Dieu dans les maths modernes puisque ce livre date de 1964. C’est la faute des exercices sexistes.

Bon, le bouquin date d’à peine 20 ans après l’obtention du droit de vote des femmes en France – je ne devrais peut-être pas être si surprise des stéreotypes véhiculés dedans. Mais je suis au courant que ce problème de representation des femmes dans les manuels scolaires de mathématiques persiste aujourd’hui, voir par exemple l’étude « Égalité femmes-hommes dans les manuels de Mathématiques, une équation irrésolue ? Les représentations sexuées dans les manuels de mathématiques de Terminale » du centre Hubertine Auclert.

Voici quelques extraits de ce qu’on peut lire en feuilletant les problèmes de récapitulation du livre « Arithmétique cours supérieur par une réunion de professeurs » publié en 1964 par la Librairie Générale de l’Enseignement Libre, 77, rue de Vaugirard, Paris VI. N° 152 E et arrivé àma bibliothèque on ne sait pas comment.

Problèmes de recapitulation
226. Un boulanger[…]
228. Un petit commerçant[…]
243. Une ménagère veut faire des confitures[…]
244. Une ménagère reçoit six personnes[…]
281. Dans une famille composée du père, de la mère et de 4 enfants de moins de 15 ans, le père est le seul à travailler[…]
297. Un médecin a soigné votre maman gravement malade[…]

En fait, ce qui m’a le plus géné c’est que dans les exercices du chapitre « Vie Familiale » il n’y a quasiment que des ménagères et des mères de famille, alors que dans le reste du livre, en tout cas en lisant en diagonale, je n’ai vu que des formulations neutres ou au masculin. Je me suis alors rappellé de l’étude sus-citée et je m’en veux tout à coup de ne pas avoir vérifié le manuel de mathématiques de ma grande.

L’émotion de la deuxième audition

Après l’émotion de la première audition viennent les émotions des auditions suivantes. Justement après ma visite d’aujourd’hui à Limoges, cette petite ville calme venait de passer en premier lieu de mes villes françaises préférées. Là, j’ouvre mon mail et paf! une deuxième convocation à une audition.

Il y a en économie un concept qu’on nomme l’élasticité (et qui n’est au fond qu’une dérivée) qui sert à expliquer (entre autres) que la dixième bouteille de soda que vous buvez vous procurera bien moins de plaisir que la première provoquant ainsi une baisse dans votre demande individuelle pour une bouteille de soda. En théorie ce devrait être pareil avec les auditions, ou enfin, avec n’importe quoi qui vous tienne à coeur. (En tout cas c’est comme ça qu’on me l’a expliqué au lycée.)

Moi, j’ai l’impression que mon élasticité vis-à-vis des auditions est presque nulle. La deuxième convocation à une audition a encore fait emballer mon coeur, j’ai encore des fourmillements au bouts des doigts. je suis encore émue de m’apercevoir que quelque part il y a des gens qui pensent que mon dossier vaut la peine – et j’ai trop trop hâte de rencontrer ces gens là.

(Uy Alba, il faudrait que tu mesures la portée émotionnelle de tes réactions me disait un ami l’autre jour.)

Dieu dans l’enseignement mathématique français (selon Pierre Colmez)

Dans les années 70, le programme enseigné dans le secondaire et dans les classes préparatoires réposait sur le slogan « Dieu créa l’ensemble vide et l’homme fit le reste. ». C’était un peu radical mais avait le mérite de présenter les mathématiques de manière cohérente et de montrer que l’on pouvait créer de nouveaux objets à partir d’objets déjà existants. La présentation en était malheureusement extrêmement dogmatique, et l’impression qu’on en retirait était plutôt que Dieu avait créé l’ensemble vide et la théorie des ensembles, et sur sa lancée, les entiers, les entiers relatifs, les nombres rationnels, puis les groupes, les anneaux, les corps et les espaces vectoriels, puis les nombres réels, ensuite il avait introduit des ε et des δ, puis créé la topologie…, et quand il avait enfin été content du résultat, il avait fait don aux hommes d’une théorie immuable et parfaite, à la beauté froide et lisse.

Le dogme a changé vers le milieu des années 90, et on est reparti sur le mode : « Dieu a créé les nombres réels, puis les nombres complexes, et envoyé Gauss sur terre pour expliquer qu’il n’y avait pas besoin de chercher plus loin. ».

Lu dans Éléments d’analyse et d’algèbre de Pierre Colmez.

C’était le livre de référence pour le premier cours de mathématiques que j’ai suivi en France. Pendant un moment c’était donc un livre de chevet pour moi. Si vous voulez avoir plus de son style hilarant, cherchez sa lettre de départ de l’École polytechnique, elle doit encore être disponible quelque part sur le net.

C’est un très beau livre, et un des rares dont je possède un exemplaire dédicacé. En effet, à l’époque où je vivais encore au Pérou, j’avais l’habitude de demander une dedicace orthographié aux célébrités mathématiques qui passaient de temps en temps. En France j’ai assez vite arrêté de le faire.

Le côté texte du format svg

SVG, c’est un format d’images vectorielles léger et utilisé un peu partout sur le net. En plus de ses qualités pour le web, c’est un format accepté par beaucoup de découpeuses laser.

C’est justement en travaillant avec un collègue sur la préparation des fichiers pour la découpe que j’ai compris qu’il s’agissait d’un format textuel. A vrai dire je n’avais jamais creusé le sujet auparavant. Je prenais pour évident que si tout le monde travaillait le svg avec des interfaces graphiques, c’est que c’était la bonne façon de faire.

Travailler en  interface graphique  sur des fichiers qui sont nativement dans un format de texte pose problème car on ne garde pas la main sur tout ce que le fichier contient. A force de faire du WYSIWYG (what you see is what you get), on peut se leurrer et penser WYSIWAG (what you see is all you get).

SVG n’est pas un format WYSIWAG. Par exemple le texte des trois fichiers SVG suivants qui seront affichés exactement de la même façon laisse voir que l’un de ces trois exemples est très différent des autres.

<?xml version="1.0"?>
<!DOCTYPE svg PUBLIC "-//W3C//DTD SVG 1.1//EN"
"http://www.w3.org/Graphics/SVG/1.1/DTD/svg11.dtd">
<svg version="1.1" viewBox="-10 -10 280 250"
xmlns="http://www.w3.org/2000/svg">
<path fill="none" stroke="red" d="M   0,  0 
C   0,0     0,100   0,100 C   0,100  30,100  30,100 
C  30,100  30,200  30,200 C  30,200  30,230  30,230 
C  30,230 130,230 130,230 C 130,230 130,200 130,200 
C 130,200 230,200 230,200 C 230,200 260,200 260,200 
C 260,200 260,100 260,100 C 260,100 230,100 230,100 
C 230,100 230, 0 230, 0 z"/></svg>

Chemin absolu en SVG

<?xml version="1.0"?>
<!DOCTYPE svg PUBLIC "-//W3C//DTD SVG 1.1//EN" "h
ttp://www.w3.org/Graphics/SVG/1.1/DTD/svg11.dtd">
<svg version="1.1" viewBox="-10 -10 280 250"
xmlns="http://www.w3.org/2000/svg">
<path fill="none" stroke="red" d=  "M   0,  0 
c 0,0   0, 100   0, 100 c 0,0  30,  0  30,  0 
c 0,0   0, 100   0, 100 c 0,0   0, 30   0, 30 
c 0,0 100,   0 100,   0 c 0,0   0,-30   0,-30 
c 0,0 100,   0 100,   0 c 0,0  30,  0  30,  0 
c 0,0   0,-100   0,-100 c 0,0 -30,  0 -30,  0 
c 0,0   0,-100   0,-100 z" />
</svg>

Chemin relatif en SVG

<?xml version="1.0"?>
<!DOCTYPE svg PUBLIC "-//W3C//DTD SVG 1.1//EN" "h
ttp://www.w3.org/Graphics/SVG/1.1/DTD/svg11.dtd">
<svg version="1.1" viewBox="-10 -10 280 250"
xmlns="http://www.w3.org/2000/svg">
  <polyline fill="none" stroke="red"
            points="  0,  0 
                      0,100  30,100 
                     30,200  30,230 
                    130,230 130,200 
                    230,200 260,200 
                    260,100 230,100 
                    230,  0   0,  0" />
</svg>

Polyligne au format SVG

En effet la figure dans polyline.svg est faite de « vrais » segments de droite, alors que dans les deux autres exemples les pièces dont la figure est construite sont des splines. On a tout fait pour que ces splines aillent tout droit, du coup l’image obtenu a la même tête dans les trois exemples. Mais moralement ce n’EST pas la même image.

Inventer des examens

J’ai enfin fini de rédiger le test blanc que je ferai passer à mes étudiants de L2 toute à l’heure.  *Non*, je n’ai pas fait de nuit blanche. Je ne me suis pas réveillée à 4 heures mais  à 5 heures. Ne plus travailler à 4 heures du matin faisait partie de mes bonnes résolutions pour le nouvel an et de temps en temps je m’en souviens.

La première fois où j’ai enseigné en fac’, il y de cela presque 10 ans, c’était dans une université péruvienne qui tenait à ce que les étudiants de Licence soient évalués toutes les deux semaines. En tant que chargée de TD,  c’était à moi d’inventer les tests de deux heures et de les corriger. Ayant quatre cours à charge,  j’avais deux tests à préparer et des dizaines de copies à corriger chaque semaine, en plus des feuilles d’exercices. Seulement dans un des quatre cours travaillait-on dans une équipe de chargée de TD (Calculus).

Autant vous dire qu’à l’époque je n’inventais pas d’exercices. Je les prenais dans des bouquins, et je m’arrangais pour que mes sources soient suffisement variées pour que les étudiants ne puissent pas deviner en avance les questions des examens.  Ce n’est qu’une fois que j’ai commencé à enseigner à Orsay que j’ai pu me mettre à inventer des exercices. Là bàs, pour tous les cours on travaillait dans une équipe enseignante.

Aujourd’hui à Saint-Denis j’ai à charge cinq cours, dont deux au deuxième semestre. Toute seule, sans équipe enseignante à mes côtés. Autant vous dire que j’ai réussi à mettre en place un contrôle continu seulement dans un des cours (Calcul Formel au premier semestre). Par contre, tous mes examens ont été originaux, avec des exercices inventés par moi-même.

Vu le travail que ça demande (e.g. trois jours pour faire l’examen de Java 1), il faudrait que je téléverse ensuite tout ça sur quelque part sur internet (GitHub?) et que je rends tout ça aisement trouvable. Un jour pas trop lointain de préférence. Je vous dirai quand ce sera fait.